C’est l’histoire francophone d’une édition 2004 des Nuits de Champagne dont tous les ingrédients sont réunis depuis longtemps. Depuis qu’un Français particulier et un certain Canadien sont entrés dans la jeune vie d’une chanteuse née dans la banlieue de Bruxelles. Tout commence en effet par une histoire belge : celle de Claudine Luypaerts. Ses parents musiciens sont “fous de chanson et de tous les styles de musiques”. Elle intègre ces influences, danse et chante toute son enfance. A neuf ans, elle se prend d’une passion qui dure encore pour Claude Nougaro, qui lui offrira ses premières grandes scènes. A treize ans, elle s’inscrit au fan-club de Michel Fugain (dans le rôle du Français) ; de leur rencontre ultérieure naîtra une amitié indéfectible. A dix-sept ans, elle est présentée par Pierre Barouh, producteur de ses premiers disques, à Daniel Lavoie (le Canadien) qui deviendra lui aussi un ami de toujours. Si notre héroïne est d’une culture éclectique et prend bien soin de “rester ouverte”, elle est particulièrement éprise de musiques latines (tout comme Pierre Barouh, Michel Fugain et Claude Nougaro), représentées dans la programmation de ces Nuits par Vicente Amigo, Márcio Faraco et Cesaria Evora. De son autre “patrie” le Québec (où est installé Daniel Lavoie), nous viennent Jorane et le Rwandais Corneille, précédés des cousins acadiens de Suroît. Nougaro est “présent” pour un hommage exceptionnel que lui rendent quatre grands musiciens de jazz qui eurent le bonheur de l’accompagner.
Tout autour se pose une couronne de chanteurs français aux couleurs multiples et aux parfums poignants, humanistes et/ou déjantés : Jeanne Cherhal, Chanson Plus Bifluorée, -M-, Cali, Allain Leprest, Anne Sylvestre, Olivia Ruiz, Louis Chedid, Enzo Enzo, ornant comme il se doit cette affiche tricéphale formée de grandes individualités qui n’aiment rien tant que partager. Le voilà, le grand mot : partage.
C’est la Maurane de cette histoire. Toute crachée. Cette interprète exceptionnelle à la voix unique, “terrienne et aérienne en même temps” (Libération), dont la valse des pseudos et des looks n’a jamais chassé le naturel, cette grande buveuse de champagne devant l’éternel, a écrit une chanson qui donne son titre au Festival : “Boire dans le même rêve”. Parfaite conjonction pour ces trois artistes liés par une fidèle amitié, mais aussi bien sûr pour le public qui goûtera à cette absinthe trinité régnant sur ces Nuits : ouverture, simplicité, générosité. De quoi nous tourner la tête, et de tous côtés, tant la programmation s’avère variée et touffue. “Je n’aime pas les habitudes”, affirme Maurane. C’est la raison pour laquelle le trio, parti pour une semaine de fête, compte bien assister à un maximum de représentations, y provoquant l’inattendu à l’occasion.
On peut ainsi prendre comme un somptueux cadeau le concert baroque du violoncelliste Henri Demarquette, et comme une magnifique surprise des chefs le concert commun truffé d’invités de marque que nos trois amphitryons nous ont concocté. L’occasion rêvée, pour eux, de lever leurs vers à l’amitié qui les unit, et à l’humanité qui les contient.


