Interview Mécènes Nuits de Champagne

Bonenfant : l'idée, l'objet

Entretien avec Lucien Bonenfant, gérant




Votre métier, c'est le cadeau publicitaire ?

     C'est en fait un peu plus vaste que cela. Nous sommes dans le cadeau d'affaires, la publicité par l'objet, et, de plus en plus, dans le textile publicitaire et le vêtement d'image. Nous vendons à toutes sortes d'entreprises, ainsi qu'à des institutionnels et à un certain nombre de collectivités. Nous pouvons bien sûr répondre à tous les prospects de France et de Navarre, et nous avons d'ailleurs quelques clients parisiens et hors région, mais notre clientèle est plus particulièrement auboise, champardennaise, et aussi icaunaise. J'ai créé cette entreprise en septembre 85, et elle compte aujourd'hui 5 collaborateurs.


En 23 ans d'activité, vous avez dû connaître un certain nombre d'évolutions dans les demandes des clients ?

     Il y a eu la grande période du porte-clé, qui se terminait lorsque j'ai commencé, même si c'est un produit qui se vend toujours. Puis dans les années 90, il y a eu la grande folie du pin's ; ça a été une révolution dans le métier, et on en a vendu des millions d'exemplaires, et le produit a quasiment complètement disparu aujourd'hui. A côté de ça, il y a de grands classiques, qui durent toujours, comme le stylo ; c'est d'ailleurs l'objet publicitaire numéro un, parce qu'il correspond bien à la définition du bon cadeau publicitaire : être utile et universel. En fait, tout objet répondant à cette définition et pouvant supporter le marquage d'un logo ou d'un slogan est un objet publicitaire en puissance. Le potentiel est donc très vaste, mais le marché répond aussi à des effets de mode. Le développement du temps libre a par exemple généré tout un panel de cadeaux publicitaires centrés sur l'individu et son univers personnel, plutôt que sur son univers professionnel. Les cadeaux autour du bureau et du travail (pots à crayon, sous-mains, ciseaux, pendules...) ont peu à peu laissé la place aux jeux de boules, aux serviettes de plage, aux cerfs-volants, aux services d'art de la table,...bref des cadeaux liés aux loisirs, ou encore au bien être personnel. Et ce qui marche fort depuis quelques années, c'est les produits textiles, qui représentent aujourd'hui plus de 50 % de notre activité. C'est d'ailleurs par ce biais là que nous avons commencé à travaillé avec le Festival des Nuits de Champagne, en fournissant des tenues des personnels de salle, voire de scène.


Pourquoi êtes-vous passé de prestataire-fournisseur à partenaire-mécène ?

     En fait, pour nous, l'évolution se situe davantage dans le domaine administratif et fiscal que dans le « statut ». Nous nous sommes toujours considéré comme des partenaires du Festival. Les organisateurs ont su me convaincre de passer du côté des mécènes, mais ce qui nous intéresse, c'est surtout d'accompagner la communication de notre territoire, et de participer à la vie de la cité et à son rayonnement régional, voire national. Et je crois, en outre, que ce rayonnement de Troyes et de l'Aube à l'extérieur, rejaillit aussi sur ses entreprises, donc...les nôtres !


Pour vous, c'est important d'appartenir au Club des Mécènes ?

     Mon entreprise est en réseau depuis longtemps, et je pense que les réseaux sont l'avenir des entreprises, notamment des PME. Ce club est important car il met en réseau des entreprises réunies par des valeurs communes et partageant un projet commun. C'est aussi un moyen fort de pérenniser le mécénat pour ce genre d'événement culturel. En tous cas, ce n'est pas pour moi un club d'affaires, puisque la plupart des membres du Club sont déjà mes clients.


Quels types de clients invitez-vous au Festival ?

     Inviter des clients, ce n'est pas si facile, c'est presque un métier ! Nous ne sommes pas encore tout à fait au point, comme le sont d'autres de nos collègues mécènes, sur le choix des invités ou sur l'organisation optimale à mettre en place. Mais on apprend et on progresse ! J'invite à la fois des clients et des partenaires de l'entreprise, car une entreprise dépend presque autant de ses fournisseurs et de ses prestataires que de ses clients, et il est important d'entretenir un climat de confiance et de bonnes relations avec les uns comme avec les autres. J'invite donc à tour de rôle certains de mes partenaires, d'autres systématiquement, comme mon banquier, par exemple. D'ailleurs, cette année, c'est justement mon banquier qui a été tiré au sort lors de la soirée des mécènes, et qui a gagné le voyage à New York ! Et j'en suis particulièrement ravi, car cette personne est à l'origine de la création de mon entreprise. Il y a 23 ans, c'est lui qui m'a fait confiance et qui m'a accompagné dans cette création. Lorsqu'il a changé de banque, je l'ai suivi dans sa nouvelle banque, et c'est toujours mon banquier aujourd'hui.


Comment choisissez-vous vos spectacles ?

     Ce n'est pas facile non plus. Comme la programmation est riche, on réserve plusieurs spectacles, et chacun y trouve en général son bonheur. J'ai par exemple personnellement assisté au concert de Cabrel, et mon fils est allé avec des clients voir Juliette, et ils ont été ravis. La programmation de cette année était artistiquement riche, mais plus que d'autres années, assez expressive politiquement, et ça m'a un peu gêné. On vient au Festival pour écouter des artistes, talentueux, et éminemment respectables, quelle que soit leur couleur politique, qui d'ailleurs ne devrait pas nous intéresser, mais on ne vient pas subir un « meeting » politique, anti-droite ou anti-patronat. Etre engagé et faire des chansons engagées, c'est une chose, en faire un spectacle en dehors des chansons, sur scène, en est une autre...


Propos recueillis par Bruno Rogowski
Novembre 2008