Interview Mécènes Nuits de Champagne

Champagne Devaux : créateur d'exception

Entretien avec Laurent Gillet, Président du Directoire




Champagne Devaux, c'est une affaire de famille !

     Oui, de grande famille ! Notre activité est née il y a 40 ans dans la côte des Bar, et l'entreprise appartient exclusivement à près de 850 vignerons champenois. L'affaire de famille a bien progressé depuis ses débuts, en restant fidèle à son métier, l'élaboration et la commercialisation de vin de champagne, et en coordonnant et en faisant évoluer la production de ses viticulteurs associés. Il faut savoir que l'Aube constitue le second vignoble de Champagne après la Marne, et réalise plus d'un cinquième de la production totale de champagne. Nous avons racheté la Maison Devaux il y a un peu plus de 20 ans, et nous l'avons relancée dans le secteur du circuit traditionnel cafés-hôtels-restaurants et cavistes, en France et à l'étranger. Nous en avons fait la marque emblème du groupe Union Auboise. Devaux exporte aujourd'hui plus de la moitié de sa production, et la marque réalise environ 9 M€ HT de CA en vendant 750.000 bouteilles. A titre de comparaison, le chiffre d'affaires total du groupe s'élève lui à plus de 100 M€, pour une production avoisinant les 9 millions de bouteilles, dont nous mettons nous-mêmes sur le marché un peu plus de 4 millions de bouteilles. Devaux est donc une marque de niche « haut de gamme », et nous entendons qu'elle le reste


Vous êtes, avec le Crédit Agricole, un des deux partenaires historiques du Festival., et vous avez contribué à son lancement Comment décririez-vous l'évolution du Festival depuis sa création, il y a plus de 20 ans ?

     Je crois que le Festival a toujours été fidèle au projet initial, à savoir un Festival centré sur une programmation et une organisation de qualité et sur l'animation de nos territoires. C'est sur ces objectifs que nous avons soutenu cette initiative dès le départ, puisqu'ils rejoignaient aussi nos propres objectifs de qualité, voire d'excellence, en Champagne, et de permanence du lien que nous voulons entretenir avec nos clients et nos partenaires. Nous nous reconnaissons tout à fait dans la volonté du Festival de s'installer dans la durée, en brassant des publics divers, tout en s'attachant à animer l'espace culturel départemental, régional, voire au-delà. Et on a trouvé dans l'évolution du Festival le moyen d'associer un certain nombre de publics, avec lesquels nous souhaitons partager des moments d'exception. Nous invitons ainsi à la fois des clients locaux, nationaux voire étrangers, et l'ensemble de nos vignerons partenaires. Ce festival est toujours programmé après la vendange, une période extrêmement importante et exigeante pour nous tous, et le fait de se retrouver dans un moment de convivialité, de fête et de partage, nous permet de rassembler l'ensemble des acteurs de l'entreprise, y compris le personnel, autour d'un moment d'exception.


Et l'intérêt ne s'est jamais « émoussé » ?

     Jamais. On a appris progressivement à utiliser tous les aspects du Festival, à la fois l'aspect réceptif, en accueillant nos invités en amont et en aval de l'événement. Nous avons également organisé des spectacles sur mesure, avec les afters ou les before. Nous avons aussi développé une relation plus continue, en invitant parfois des personnes deux ou trois fois dans la semaine, à des moments très différents, sur des concerts et des formats différents, têtes d'affiche ou découvertes. Grâce à notre produit, nous constituons une sorte de trait d'union tout au long de la semaine avec les partenaires, nos invités ou parfois les artistes eux-mêmes. Nous sommes pour ainsi dire en symbiose avec le festival. Un lien privilégié qui se concrétise aujourd'hui aussi au niveau des équipes : au début, nous étions très peu dans l'entreprise à animer cette participation de Devaux au Festival ; maintenant, plusieurs collaborateurs de la maison, voire parfois des vignerons eux-mêmes, se sont pris de passion pour « les Nuits » et nous épaulent avec enthousiasme. Ainsi, depuis l'édition 2007, nos vignerons-sommeliers complètent les équipes du Festival pour servir, et mettre en valeur, le champagne dans les différents cocktails des espaces partenaires. L'occasion d'ouvrir plus de 3000 bouteilles de champagne Devaux sur une semaine !


Combien de personnes invitez-vous ?

     Cette année, nous avons invité 650 personnes aux différents spectacles, dont environ 110 clients, à la fois locaux, nationaux, et même quelques anglais et allemands. On essaie par exemple de privilégier la période des Nuits pour organiser certaines rencontres avec des importateurs ou des distributeurs, ou la force de vente, avec une partie professionnelle dans la journée et une partie plus conviviale le soir au Festival. Nos vignerons partenaires et leur conjoint constituent l'essentiel de nos invités (450). Nous invitons aussi quelques uns de nos partenaires clés, fournisseurs ou prestataires (une centaine de personnes). Cette année, nous avons également invité une douzaine de journalistes de la presse nationale, spécialisés en vins et gastronomie. Nous avons également reçu cette année l'équipe dirigeante des Victoires de la Musique, car, grâce aux Nuits de Champagne, nous sommes devenus partenaires des « Victoires » depuis 2005.


Quels sont vos deux ou trois meilleurs souvenirs de ces 21 éditions du Festival ?

     Aux débuts du Festival, la programmation n'était pas exclusivement française, en étant axée sur la voix. On a pu ainsi y écouter, dans une même édition, une cantatrice comme Térésa Berganza, un chanteur de rock, un musicien classique, et une scène découverte, avec des talents inconnus. Il y a eu là, à ces débuts, des moments extraordinaires. Grâce au Festival, nous avons aussi assisté à quelques beaux duos inédits, sur scène, avec par exemple Souchon et Cabrel. Un autre grand moment, que nous avions provoqué, pour le 40ème anniversaire de l'Union Auboise, en 2007, c'est le concert surprise de Laurent Voulzy. Ce fut un moment rare de complicité entre l'artiste et le public, et on avait le sentiment que le concert aurait pu durer toute la nuit... Au fil des années, nous avons eu aussi le privilège de pouvoir discuter avec un certain nombre d'artistes dans leur loge, autour d'une flûte, et nous avons vécu là des instants vraiment passionnants. C'est aussi l'effet Nuits de Champagne : les artistes s'y sentent bien, ils viennent y partager des moments uniques qu'ils ne trouvent pas forcément sur d'autres scènes. Le Festival arrive à faire cohabiter exigence artistique, proximité et simplicité, et les artistes se découvrent en vraie connivence avec l'événement.


Restons dans ce domaine artistique. Qui aimeriez-vous voir et écouter à une prochaine édition du Festival ?

     En fait, je crois qu'il faut laisser à l'équipe artistique du Festival le choix et la possibilité de nous surprendre. Nous-mêmes, en étant très proches de l'organisation du Festival, nous ne nous sommes jamais mêlés de la programmation. Je crois qu'on leur fait tellement confiance, après toutes ces éditions, qu'ils ne peuvent pas faire de mauvais choix, et on les suivra les yeux fermés...


Propos recueillis par Bruno Rogowski
Novembre 2008