Interview Mécènes Nuits de Champagne
Fnac : agitateur de curiosité
Entretien avec Pierre Gay, directeur de la Fnac Troyes
La Fnac, c'est une institution à Troyes ?
Pierre GAY, Directeur de la FNAC de Troyes
Je l'espère ! Nous y sommes implantés depuis 16 ans. Nous sommes présents sur 4 métiers : le livre, le
disque et la vidéo, la micro-informatique, la télévision. Aujourd'hui, en simplifiant, on peut même diviser
notre activité en deux parties. D'un côté, les produits « éditoriaux », ou ce qu'on peut appeler le
« software », c'est-à-dire le livre, le disque, la vidéo et la logithèque. De l'autre côté, les produits
techniques, ou le « hardware », chez nous essentiellement la micro-informatique, télévision, matériel son,
et tous les petits équipements baladeurs et nomades (PDA, GPS,...). Les produits techniques représentent
aujourd'hui 60 % de notre activité, et ont donc pris le pas sur les produits éditoriaux (40 %). Ces chiffres
de notre activité troyenne sont dans la tendance du réseau national. Il est vrai que le disque et la vidéo
sont des marchés en difficulté, et que le marché du livre est au mieux stagnant, alors que le secteur des
produits techniques, avec notamment la micro-informatique et les téléviseurs à écran plat, est en
progression. Certes, sur ces marchés techniques, il y a beaucoup plus de concurrence, et sur la télévision
par exemple, nous ne sommes pas leaders sur le marché français. Mais, par notre positionnement de
qualité sur ce créneau, renforcée par notre image globale, nous nous y imposons désormais comme un
acteur qui compte.
Mais les produits éditoriaux restent déterminants pour nous, car ce sont eux qui créent le trafic dans nos
magasins.
Mais peut-on être un « agitateur de curiosité » dans les produits techniques ?
Bien sûr, nous le sommes dans l'éditorial, et je pense que nous le sommes aussi sur ce créneau des
produits techniques. On y est en fait souvent des « défricheurs », à la pointe de certaines technologies. La
Fnac a été parmi les premiers à proposer, par exemple, des lecteurs blueRay. Nous avons également été
les premiers, et longtemps avant les autres, à arrêter de vendre des télés cathodiques, en ne proposant que
des écrans plats. Même si les marchés sont plus banalisés et plus mondiaux, on essaie sur ce créneau aussi
de faire découvrir des choses nouvelles, c'est le cas en ce moment avec l'Ebook de Sony.
Faire découvrir des choses nouvelles, est-ce plus facile dans la musique ? Internet ne complique-t-il pas la donne ?
Le Disque est un univers extrêmement difficile. Emerger quand on propose une nouveauté est, plus
qu'avant, un parcours du combattant. On disait autrefois « beaucoup d'appelés, peu d'élus », c'est encore
plus vrai aujourd'hui. Le paradoxe, c'est qu'internet, où les nouveaux talents auraient la possibilité et la
facilité, en théorie, d'accéder à un plus grand nombre d'auditeurs, n'est en fait qu'un leurre ; ce n'est
qu'un gigantesque marché, où la plupart sont anonymes. Mettre sa musique en ligne n'est pas difficile,
mais, ensuite, comment se faire connaître, écouter, reconnaître sur la toile ? A moins d'avoir une véritable
originalité qui va faire sortir du lot, c'est très compliqué. A nous donc de continuer, par des opérations ou
des partenariats avec des petits labels, de faire découvrir ces nouveaux talents d'aujourd'hui et de demain.
C'est le cas de Camille à ses débuts, que nous avons soutenue dès son premier disque. Aujourd'hui,
Camille est une artiste connue et reconnue, et elle passe cette année aux Nuits dans une grande salle ! Je
citerai deux artistes qui me tiennent à coeur, Daniel Fernandez, dijonnais comme moi, qui est également
Fnac : agitateur de curiosité
Entretien avec Pierre Gay, directeur de la Fnac Troyes
venu aux Nuits l'an dernier, ou Yves Jamait, qui vient de sortir son troisième album début octobre. Yves
a commencé par un disque auto-produit, qu'on a défendu à la Fnac. C'est aujourd'hui un artiste établi qui
commence à avoir une notoriété, certains le mettent au niveau de Juliette pour ses textes et sa présence.
Toutes ces découvertes, nous en sommes fiers...
Comment la Fnac est-elle passée de la vente de disques au soutien du spectacle vivant, comme le Festival des Nuits de Champagne ?
Je dis souvent que c'est naturel. Je ne peux pas imaginer qu'on ne soit pas présent sur le Festival. On est
là sur notre coeur de métier : la musique, la billetterie, la découverte et l'accompagnement d'artistes.
Notre partenariat est légitime à Troyes, comme il l'est dans d'autres villes où nous sommes présents et où
se déroule un festival de ce type, comme Belfort, avec les Eurockéennes, ou en Bretagne, avec les Vieilles
Charrues... Ces festivals mélangent stars et scènes découvertes, et à chaque fois, on a des messages à
faire passer. Pour un artiste, c'est difficile d'être exposé, d'avoir de la visibilité, même quand on a un
contrat avec une maison de disques. C'est un métier qui reste difficile, et ce n'est sûrement pas le métier
« paillettes » qu'on croit.
Le Festival a-t-il une action positive sur les ventes de disques de ces artistes ?
En musique, je suis assez éclectique, c'est vrai, mais j'aime bien l'univers musical sud-américain. Cette année, j'irai voir Lavilliers, Cabrel, Cali, mais aussi Ramiro Mussoto, Raul Paz, que j'apprécie particulièrement. Les Nuits de Champagne ont cet intérêt, qu'il y en a pour tous les goûts. Un de mes meilleurs souvenirs des Nuits date de 2005, avec le spectacle de Lucky Peterson, qui n'était pas attendu et que je ne connaissais pas. Ce fut un spectacle magnifique. La salle était loin d'être pleine, et l'artiste s'est promené au milieu du public, a plaisanté avec nous, a chanté plusieurs chansons sans micro. C'était très intime et très sympa. Une ambiance qui ressemble un peu à celle qu'on peut avoir dans certaines boites de jazz, et cela m'a rappelé le tout début des Nuits de Champagne, à la fois plus « artisanal », mais beaucoup plus intimiste.
Le Festival a justement beaucoup évolué depuis ses débuts. Qu'en pensez-vous ?
Oui, bien sûr. La Fnac met en avant la sélection de l'édition du Festival, et on a un partenariat fort sur les
artistes « découverte ». Cela veut dire qu'on expose et qu'on vend leurs disques, non seulement au
magasin mais aussi à l'Espace Argence, puisqu'on propose la discographie des artistes aux spectateurs
qui entrent et sortent de spectacle. Les disques des artistes présents aux Nuits se vendent mieux durant la
période du Festival qu'en temps normal, c'est évident, mais le Festival a aussi un effet à long terme, car il
va donner envie après la découverte d'un album, d'écouter les précédents. Il y aura sans doute des gens
qui vont découvrir le Lavilliers d'aujourd'hui, et qui vont avoir envie de se pencher sur sa période Ferré,
par exemple.
La Fnac fait aussi des show-cases ?
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Oui, comme chaque année, nous organisons des scènes découvertes au magasin, dans notre Forum. Un
certain nombre d'artistes de la programmation du Festival nous rejoindront pendant la semaine des Nuits
(programme sur www.fnac.com/troyes). La Fnac soutient aussi le festival côté enfants. Nous avons reçu
Tartine Reverdy en show-case, dans la continuité du travail qu'elle a mené avec des écoles de
l'agglomération. Elle vient de donner trois représentations la semaine avant les Nuits, où elle a chanté
avec des chorales d'enfants qui ont travaillé sur ses chansons pendant plusieurs mois, dans leur école.
Par ailleurs, il y a un genre musical qui prend beaucoup aujourd'hui, c'est le slam, et il existe sur Troyes
une association, qui s'appelle Troyes p'tit slam. Nous avons monté un atelier slam, qui a eu lieu aussi la
semaine précédant le Festival, au Forum Fnac. Il a permis à l'association de présenter son travail et de
faire travailler éventuellement des gens qui souhaiteraient slamer. Cette opération nous a permis de mettre
en lumière une nouvelle expression musicale, et de mettre en avant une association locale. Nous en
sommes vraiment ravis.
Selon vous, comment ce Festival est-il vu à l'extérieur de notre département?
Les Eurockéennes à Belfort, et les Nuits de Champagne sont, de mon point de vue, nés d'une passion
plus que d'une volonté de monter un truc pour faire du « business » dans le métier. Leurs organisateurs
ont agi comme des passionnés, c'est-à-dire que les premières années, ils ont cherché à faire le mieux
possible dans leur région, et que ce soit intelligent, bien fait. Ils n'ont pas forcément cherché la notoriété
nationale.
Mais pour continuer à exister, le Festival doit rayonner plus loin que la ville ou le département
Peut-on le faire sans perdre son âme, son esprit de festival pour les gens d'ici ?
Oui, j'y crois sincèrement. Les Nuits arrivent à concilier les deux. La nouvelle salle va leur permettre
d'accéder à des artistes que le Festival ne pouvait pas accueillir avant. Jusqu'à maintenant, certains
artistes par amitié pour les Nuits étaient capables de baisser un peu leur cachet, mais ça ne peut pas se
faire tout le temps. Le corolaire de la nouvelle salle, c'est qu'il faut la remplir, et il faut donc toucher les
gens un peu plus loin. Le coeur de cible ne suffit plus. Mais le Festival est tellement particulier avec son
Grand Choral, que, même en évoluant en « aura » et en volume, il gardera le même esprit.
Vous êtes un professionnel du monde de la musique. Mais, en amateur cette fois-ci, qui aimeriezvous
voir aux Nuits ?
Bonne question, à laquelle je n'avais pas pensé !... Goldmann, c'est un garçon intéressant et qui a des
choses à dire, et il ne fait plus grand-chose depuis un moment ; ça pourrait être sympa...Maintenant que
Johnny Hallyday arrête la scène, ce serait amusant de l'avoir dans un autre registre !... Je crois qu'il faut
continuer à avoir des têtes d'affiche de ce niveau là. Des gens comme ça pourraient proposer des choses
plus intimistes, ou s'effacer pour proposer des programmations intéressantes....Une dernière proposition
avec un garçon comme Maxime Leforestier, en tête d'affiche. Il écrit pour des artistes confirmés et il est
capable de chanter aussi bien avec deux guitares pour du Brassens qu'avec 10 musiciens pour ces propres
titres. Je n'ai pas les vingt dernières programmations en tête, ceux là sont peut être déjà venus et je fais
entière confiance à Pierre-Marie Boccard sur ce sujet.
Propos recueillis par Bruno Rogowski Octobre 2008
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