Interview Mécènes Nuits de Champagne

Sotralinox : l'industrie créative

Entretien avec Florent Maubrey, Directeur Général




Sotralinox a fait du chemin depuis sa création il y a 20 ans ! ?

     Oui, c'est vrai. Depuis son origine, en 1988, l'entreprise est spécialisée dans la tôlerie-chaudronnerie inox. Depuis 2005, nous avons créé Design Espaces, un nouveau département de mobiliers d'aménagements urbains en inox (potelets, bornes, bancs, poubelles...). L'entreprise compte aujourd'hui 42 salariés, et réalisera 4,8 M€ de CA fin 2008, et notre objectif est de doubler notre CA à horizon de 5 ans. Notre rayon d'action commercial couvre toute la France, mais les produits issus de notre activité traditionnelle, livrés à des industriels du territoire, partent ensuite à plus de 90 % à l'étranger. Les principaux clients de l'entreprise sont dans les secteurs de l'emballage agroalimentaire, avec Ariès Packaging ou Fémia, le transport, avec la Ratp ou la Sncf, la signalétique et l'affichage avec Decaux et Signature, la Chimie, avec Air Liquide, le secteur automobile, avec Valéo, ou encore l'éclairage public, avec Petitjean...


Vous avez aussi la réputation d'être proche du milieu artistique...

     En effet, Sotralinox s'est également fait une spécialité, depuis plusieurs années, de réaliser les créations imaginées par certains artistes. Cette originalité a pour origine nos contacts privilégiés avec nos fournisseurs de matière première (Ugine devenu Arcelor Mittal), qui, il y a quelques années, recherchaient des entreprises ayant la capacité et la volonté de travailler l'inox, pour des produits autres qu'industriels, et notamment des sculptures. On s'y intéressés et on a réalisé petit à petit quelques œuvres monumentales. Aujourd'hui, nous sommes même en contact avec un bureau d'études londonien pour la réalisation d'une pièce de 15 m de haut en inox poli miroir, en forme de champignon, et qui irait dans le show room milanais d'une marque de jeans haut de gamme. Plus concrètement, cette année, nous avons réalisé une colonne, la « 1280 Towers » créée par une artiste d'origine chinoise, Yi Zou, une œuvre présentée durant le Festival, devant la Halle.


Est-ce cette fibre « artistique » qui vous a mené au mécénat des Nuits de Champagne ?

     Pas vraiment. Nous sommes mécènes depuis 5 ans, je crois, mais nous connaissons le Festival depuis bien plus longtemps. Et nous y avons rencontré d'autres entreprises déjà partenaires, et découvert ce côté Club, rassemblant les partenaires dans un esprit de convivialité, et la volonté de soutenir une action forte de notre territoire local. C'est toutes ces raisons qui nous ont conduits à devenir mécènes nous aussi. Car nous sommes très ancrés sur notre département ; on essaie de travailler le plus possible avec des entreprises locales lorsque nous devons mener des projets en association. Devenir mécène était pour nous l'occasion de nous associer étroitement à un événement artistique enraciné localement, mais qui rayonne au niveau national. Très modestement, un peu à notre propre image.


Le Festival, c'est l'occasion d'inviter vos clients ? Et à quel type de spectacle ?

     Nous y invitons nos clients locaux, qui ne sont pas très nombreux, l'essentiel de nos clients n'étant pas aubois. Il est difficile de faire venir nos autres clients, parisiens notamment, et surtout dans le secteur industriel. Nos clients dans le domaine de l'aménagement d'espaces viennent plus facilement.... Dans la semaine, nous choisissons une soirée un peu « phare », avec le spectacle d'une tête d'affiche du Festival. Nous y accueillons entre 70 et 90 personnes, avec notamment tout le personnel technique et nos responsables de fabrication. Pour les autres soirées, le choix se fait au feeling, à l'envie.


Vous avez des goûts musicaux bien arrêtés ?

     Non. Mes goûts sont au contraire plutôt multiples et variés. Je peux passer de groupes rock ou pop-rock, des Stones à U2 ou Dépêche Mode, à des artistes français comme Calogero, Obispo... D'ailleurs, la nouvelle configuration scénique du Festival permettrait aujourd'hui de faire venir ces artistes à Troyes. Le Festival me permet aussi de découvrir régulièrement de jeunes artistes, et c'est là une des belles vocations des Nuits de Champagne.


Le Festival a changé de dimension avec cette édition 2008, en disposant d'une nouvelle grande salle, en renfort de l'Espace Argence. Que pensez-vous de cette nouvelle configuration ?

     Argence et La Halle ont des vocations différentes, mais très complémentaires. Elles ont aussi un rendu musical et acoustique différents, et La Halle permet au Festival de disposer d'un espace avec une belle sonorité. En fait, chacune de ces salles est bien adaptée à un type de spectacle. Il faut donc à présent affecter le bon artiste au bon endroit !... Je crois, en tous cas, que le Festival ne perd pas son esprit dans cette nouvelle dimension. Il y gagnerait même un petit supplément d'âme...


Propos recueillis par Bruno Rogowski
Novembre 2008