Interview Mécènes Nuits de Champagne
Entretien avec Didier Maroilley, Président de Festilight
Comment définiriez-vous votre activité ?
Notre métier, c'est de concevoir, de fabriquer et de distribuer des produits de décoration lumineuse et d'illumination. C'est une activité très saisonnière, puisque nous réalisons 80 à 90 % de notre activité sur le second semestre de l'année. En effet, en France, Noël est en fait la seule période où les gens décorent leur maison, contrairement aux Etats-Unis, par exemple, où il y a 6 ou 7 occasions de le faire dans l'année. Notre clientèle est assez large : le particulier, qui décore sa maison, en intérieur ou en extérieur, le commerçant, qui décore son magasin ou ses vitrines, les municipalités pour la décoration de leur ville, et enfin une clientèle de décorateurs spécialisés qui mettent en lumière des sites prestigieux, comme à Paris, la place Vendôme, l'Hôtel de Crillon, ou plus loin, des grands hôtel à Dubaï... Nous ne touchons pas directement ces clients, puisque nous distribuons nos produits via un réseau de revendeurs.
Mais vous n'êtes pas seulement un fournisseur d'éléments. Vous vous impliquez également dans le conseil en décoration et dans l'ingénierie de l'illumination...
On essaie de le faire de plus en plus, même si ce n'est pas toujours facile, à cause de cahiers des charges très contraignants. Cette implication en amont nous permet de développer des produits sur mesure pour une opération donnée, qui peuvent ensuite devenir des produits de notre catalogue.
Par exemple, l'an dernier, nous avons décoré tout l'Hôtel de Crillon à Paris, pour laquelle a été développé un produit spécifique (notamment pour les fenêtres), et cette année, ces produits sont devenus des produits « standard » que l'on propose aux municipalités, pour décorer leurs bâtiments.
Il est clair que notre présence sur ce créneau du « prestige » n'a pas seulement pour but de faire de la communication. C'est aussi l'occasion de faire de la recherche sur de nouveaux systèmes et de nouveaux produits, qui ensuite nous permettent d'étoffer notre gamme, un peu comme les constructeurs automobiles qui testent certains équipements avec leur écurie de F1, des équipements qui peuvent ensuite se retrouver dans nos propres voitures de série.
Pour les Nuits de Champagne, c'est le même esprit ?
Oui, tout à fait. Notre mission est d'habiller de lumière les différents lieux de spectacle, en les mettant en valeur, dans le respect des cahiers des charges techniques ou artistiques du Festival et de la Ville. Nous décorons donc l'Espace Argence, bien sûr, le théâtre de Champagne, et la nouvelle Halle, pour laquelle la Ville a d'ailleurs souhaité une décoration plutôt sobre, pour garder son « naturel » au bâtiment, qui n'est pas encore bien connu des troyens. La Ville a cette année décidé de s'impliquer davantage sur l'illumination du Festival, en investissant dans des produits qui seront allumés pendant les Nuits de Champagne, et qui resteront jusqu'à Noël.
On commence à réfléchir dès le mois de mai au projet de décoration du festival de l'année, mais le projet initial subit pas mal d'évolution, en fonction à la fois de l'invité et du choix graphique fait pour la promo du festival. Et nous apprenons le nom de l'invité d'honneur en même temps que la presse !
Chez Festilight, une personne est responsable de la conception et au suivi de l'installation de l'ensemble de ces décorations, au quotidien. Après la phase de création, on réalise des simulations en infographie, puis des prototypes, présentés sur place, dans les conditions d'utilisation réelle, ensuite intervient la fabrication elle-même. Cela nous demande une forte implication en interne, pas toujours facile à gérer puisque pour nous, c'est une forte période d'activité. Mais l'équipe aime le Festival, et se donne à cette tâche avec une grande motivation !
Vous auriez pu n'être qu'un simple prestataire du Festival, et pourtant vous en êtes devenu un des partenaires mécènes. Pourquoi ?
Par goût personnel, d'abord, et aussi parce que je me sentais impliqué par le projet même des Nuits. Un projet intéressant et atypique, car on y travaille beaucoup sur l'écriture, et également parce qu'il fait chanter non seulement des groupes d'adultes, mais aussi aujourd'hui des collégiens et des enfants d'école primaire. Il y a là une dynamique qui me plaît beaucoup. Le Festival est aussi pour nous l'occasion de récompenser et de dynamiser nos équipes, car les Nuits interviennent au milieu d'une saison commerciale de folie pour nous. Pendant une semaine, le festival est un moyen de resserrer les liens entre nous tous, et de partager certains spectacles tous ensemble. C'est aussi l'occasion pour l'équipe d'inviter de la famille ou des amis, de façon très conviviale. Nous invitons finalement assez peu de clients, d'une part, car nos clients locaux sont déjà extrêmement sollicités et invités par d'autres partenaires, d'autre part, car on a beaucoup de mal, encore, à faire venir des clients extérieurs, parisiens notamment, même en organisant tout.
Vous optez toujours pour une réservation assez éclectique. Cela reflète-t-il vos propres goûts musicaux ?
En musique, je suis assez éclectique, c'est vrai, mais j'aime bien l'univers musical sud-américain. Cette année, j'irai voir Lavilliers, Cabrel, Cali, mais aussi Ramiro Mussoto, Raul Paz, que j'apprécie particulièrement. Les Nuits de Champagne ont cet intérêt, qu'il y en a pour tous les goûts. Un de mes meilleurs souvenirs des Nuits date de 2005, avec le spectacle de Lucky Peterson, qui n'était pas attendu et que je ne connaissais pas. Ce fut un spectacle magnifique. La salle était loin d'être pleine, et l'artiste s'est promené au milieu du public, a plaisanté avec nous, a chanté plusieurs chansons sans micro. C'était très intime et très sympa. Une ambiance qui ressemble un peu à celle qu'on peut avoir dans certaines boites de jazz, et cela m'a rappelé le tout début des Nuits de Champagne, à la fois plus « artisanal », mais beaucoup plus intimiste.
Le Festival a justement beaucoup évolué depuis ses débuts. Qu'en pensez-vous ?
On arrive aujourd'hui à des capacités de salle importantes, mais nécessaires pour pouvoir attirer certains artistes. On peut très bien faire cohabiter des grandes salles comme celle de La Halle, accueillant quelques grands spectacles, avec les autres salles, y compris celles des bars du centre-ville. Le Festival doit être et rester une grande fête de la musique. Malheureusement, si, pendant le Festival, on ne passe pas devant l'Espace Argence, on ne s'aperçoit pas vraiment qu'il se passe quelque chose à Troyes. C'est un peu décevant. Il y a sûrement des choses à faire pour amplifier le côté festif de l'événement dans toute la ville.
Pensez-vous qu'il y ait un vrai engouement du monde économique pour ce festival ?
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Quand je suis arrivé dans cette aventure du Festival, nous devions être une dizaine de partenaires, nous sommes 23 aujourd'hui. Le Club Ensemble fonctionne bien, avec des réunions régulières, sans doute parce que nous ne sommes pas trop nombreux. Cela lui confère ce côté amical, convivial, qui fédère entre eux les membres du Club. Il y a un réel intérêt pour les entreprises à s'associer à un événement comme celui-là. Il ne se passe pas énormément de choses sur la ville de Troyes, et quand on a l'occasion d'apporter notre pierre à l'édifice en aidant des gens qui ont des projets, nous sommes tout à fait dans notre rôle d'acteur économique. Nous ne devons pas rester enfermés sur notre propre entreprise, mais nous ouvrir aux autres. Et ce Festival en constitue une occasion concrète très intéressante.
Propos recueillis par Bruno Rogowski Octobre 2008
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